J’ai des visiteurs nocturnes. J’ai aussi des poubelles. Mes visiteurs aiment les poubelles.
Toute innocente que j’étais, je ne me doutais pas en emménageant dans mon nouveau quartier, bordé d’un charmant boisé, que des voisins à quatre pattes reluquaient mes déchets. D’abord plutôt discrets, élaborant sans doute leur plan d’attaque, les fouineurs aguerris se sont tapé les cuisses en voyant leur butin. Aucun obstacle n’entravant leur chemin, lumière tamisée, festin digne d’un roi… Il n’en fallait pas plus pour que la nouvelle se répande. Qui aurait cru que le bouche à oreille était aussi efficace chez la gent animale?
Si leur première visite a laissé peu de traces, on ne peut en dire autant des suivantes. Sans doute rassasiées par les ordures du voisinage de plus en plus populeux, les bestioles étaient de plus en plus sélectives. N’en pouvant plus de cueillir les restants de leurs fringales sur ma pelouse, et après quelques vaines tentatives de bravade en pantoufles et robe de chambre, j’ai décidé de prendre les grands moyens : j’ai filé à la quincaillerie du coin, avec tous les hommes dignes de ce nom, et je me suis procurée rien de moins qu’une strap à crochets. Et vlan! Ils n’ont qu’à bien se tenir, les ratons!
Saviez-vous que c’est brillant, un raton? C’est ce que j’ai réalisé au lendemain de ma grande entreprise. Poubelle et strap à crochets reposaient tout affalées dans un champ d’immondices. Force m’est d’avouer que je ne fais pas le poids face à mes adversaires.
Dans ma prochaine vie, je veux être un raton.